Les membres du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l'étranger, réunis le 27 septembre 2026. Photo : Présidence de la République.
Le Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l'étranger ouvre un chemin. L'expérience d'autres nations montre ce qui le rend praticable.
Depuis le décret du 7 septembre, l'Algérie dispose d'un cadre permanent pour associer ses scientifiques établis à l'étranger aux choix du pays. Le Haut Conseil est un organe consultatif placé auprès du chef de l'État, doté de l'autonomie financière. Il réunit une trentaine de chercheurs et d'ingénieurs, des représentants de six ministères et trois dirigeants d'entreprises. Elias Zerhouni le coordonne, aux côtés notamment de Yasmine Belkaid, Karim Zaghib et Belgacem Haba. Peu de pays peuvent rassembler une telle constellation de compétences. Reste à savoir ce qu'elle produira.
Le ministre de l'Enseignement supérieur en a résumé l'ambition : faire succéder à des échanges occasionnels une coopération structurée et durable. Le Conseil doit proposer des mécanismes stables entre les compétences de l'étranger et l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation, éclairer les projets d'importance nationale et assurer une veille technologique, sur des terrains aussi décisifs que la cybersécurité, l'énergie, la santé, l'alimentation et l'eau. Son coordinateur y a ajouté une exigence que l'on saluera : aucune initiative sans les chercheurs installés en Algérie.
Cette précision déplace la question. Un conseil est un commencement. Ce qui décide de sa portée, c'est ce que le pays construit autour de lui. D'autres nations ont traversé cette étape, et l'une d'elles mérite d'être regardée de près.
Le précédent de Taïwan
Dans les années 1970 et 1980, Taïwan voyait ses ingénieurs partir vers les États-Unis. Sa réponse n'a pas été seulement un appel, mais une architecture. Un institut de recherche technologique en 1973. Un organisme chargé de recenser les expatriés qualifiés, d'annoncer des postes et de financer leurs voyages. Puis, en 1979, un parc scientifique à Hsinchu, doté d'un fonds de 500 millions de dollars sur dix ans, sur près de 600 hectares, installé à côté de deux universités et d'un centre de recherche public.
Plus d'un millier d'ingénieurs revenaient chaque année dès 1982 ; ils étaient plus de trois mille en 1991. Beaucoup ne rentraient pas pour toujours : ils faisaient la navette entre les deux rives du Pacifique. Les chercheurs parlent de circulation des cerveaux plutôt que de retour.
Ce qu'on peut en retenir
Trois enseignements se dégagent, transposables sans être copiés. D'abord, la diaspora éclaire, mais ce sont des institutions d'accueil qui absorbent : un institut, un laboratoire, un programme, chacun avec un mandat clair. Ensuite, la circulation se finance : séjours courts, projets conjoints, postes partagés. Le retour définitif reste un cas particulier. Enfin, les lieux comptent. Le parc de Hsinchu n'était pas seulement un projet : c'était un endroit où l'on pouvait travailler dès l'arrivée.
Ces conditions ont une part discrète, que l'on ne cite jamais dans les discours et que tout chercheur vérifie pourtant en premier : une alimentation électrique qui ne s'interrompt pas, un réseau à haut débit, une salle de calcul correctement refroidie et sécurisée, des locaux pensés pour évoluer. Elles ne font pas la une, mais elles déterminent le délai entre l'arrivée d'un expert et son premier résultat. Ce délai se prépare bien avant la première réunion.
Trois questions pour l'année qui vient
Où, concrètement, chaque domaine prioritaire trouvera-t-il son point d'ancrage : quel laboratoire, quelle université, quelle entreprise ? Comment financer les séjours courts et les projets conjoints ? Et comment rendre compte, chaque année, de ce qui aura changé : collaborations lancées, doctorants co-encadrés, projets réalisés ?
Le Conseil remettra des avis, des études et des rapports annuels à la Présidence, et son coordinateur a présenté une feuille de route sur douze mois. C'est court pour bâtir, suffisant pour choisir où bâtir. À la date où ces lignes sont écrites, les moyens et les premiers dossiers ne sont pas encore annoncés, ce qui est naturel pour une instance qui vient de se réunir.
Une nation ne rappelle pas ses talents en les invitant, mais en leur offrant un lieu où travailler dès le lendemain. Le Haut Conseil a posé le premier acte, celui de la confiance. Aux institutions, aux universités et aux entreprises qui construisent, équipent et entretiennent ces lieux de préparer le suivant.
Sidouni Mohamed Abdel Hakim, dirigeant d'EURL Sidouni Technologie, intégrateur d'infrastructures techniques agréé (décret 09-410), Constantine.
Les opinions exprimées dans cette rubrique engagent leur seul auteur.
Sources et repères
- Maghreb Émergent, 28 septembre 2026 : « Diaspora scientifique : le retour des cerveaux institutionnalisé »
- L'express DZ, 27 septembre 2026 : composition du Haut Conseil
- Algérie Eco, 27 septembre 2026 : liste des membres du Haut Conseil
- Stanford FSI : « Taiwan's Silicon Valley: The Evolution of Hsinchu Industrial Park »
- Migration Policy Institute : « Brain Drain and Gain: The Case of Taiwan »
- « Human Capital Flows in Taiwan's Technological Catch Up in Integrated Circuit Manufacturing »
- Development Asia : « Should You Be Worried about Brain Drain? »